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Parole des Anciens

Voici cinq chemins de la conversion : d'abord la condamnation de nos péchés, puis le pardon accordé aux offenses du prochain; le troisième consiste dans la prière; le quatrième dans l'aumône; le cinquième dans l'humilité. Ne reste donc pas inactif, mais chaque jour emprunte tous ces chemins; ce sont des chemins faciles et tu ne peux pas prétexter ta misère ... St Jean Chrysostome

Jésus est ma respiration, plus encore que l'air, à tout instant de ma vie. Il est ma lumière, avant tout autre lumière, ma nourriture et ma boisson, mon vêtement, mon parfum, ma douceur, mon père et ma mère, un sol plus ferme que la terre que rien ne peut ébranler et qui me porte. St Jean de Cronstadt

Tant que l'on voit dans l'autre des défauts, on ne possède pas, soi-même, l'humilité. Aux yeux des humbles, tous paraissent meilleurs que soi, tous semblent bons. Ce qui fait notre malheur, c'est de vouloir trouver en nous la Sainteté, au lieu de l'humilité. Staretz Macaire d'Optino

Si nous avons reçu la pensée, c'est pour connaître le Christ; si nous avons reçu le désir, c'est pour courir vers Lui; si nous avons la mémoire, c'est pour Le porter en nous." Nicolas Cabasilas - La vie en Christ

Celui qui n'aime pas ses ennemis ne peut connaître le Seigneur, ni la douceur de l'Esprit-Saint. Mais celui qui n'a pas reçu le Saint-Esprit ne désire pas prier pour ses ennemis. L'âme qui n'a pas l'amour des ennemis n'aura jamais la paix; elle se tourmentera et fera souffrir les autres. St Silouane

Et si l'on me demandait :" que désires-tu de Dieu, quel don ? "; Je répondrais : " l'esprit d'humilité qui, plus que tout, plaît au Seigneur " St Silouane

Seigneur, dans Ta miséricorde, viens à la recherche de ta créature et montre-toi aux hommes par le Saint-Esprit, comme tu te révèles à Tes serviteurs. Réjouis, Seigneur, par la venue de Ton Esprit-Saint, toute âme affligée. Fais, Seigneur, que tous les hommes qui Te prient connaissent le Saint-Esprit.   Staretz Silouane p 275

Saint Jean Chrysostome a dit :"le premier père spirituel de l'homme est la voix de la conscience", c'est le premier lien spirituel de l'homme avec Dieu. Notre conscience s'éclaire et acquiert la maturité en écoutant la parole de l'Evangile, en faisant le travail intérieur de la prière et en communiant aux Saints Sacrements du Christ. Apostolia Novembre 2014

Saint Jean Chrysostome a dit : "Veux-tu voir ce qu'est l'Eglise et quel est le miracle que produit l'Eglise ? C'est très simple. Entre dans l'église et tu verras que c'est un lieu où tu entres loup et tu sors agneau, tu entres brigand et tu sors Saint, tu entre coléreux et tu sors doux, tu entres homme et tu sors Dieu selon la grâce" Apostolia Novembre 2014

L'Esprit-Saint est la joie de Dieu se déversant sur la création, pour assurer une orientation renouvelée de la création vers son Créateur, le dépassement de la séparation entre Dieu et la créature et donc la réalisation plénière de la créature. La joie de Dieu, concentrée dans le Saint-Esprit, se déverse grâce à Lui dans nos âmes, de sorte que nous sommes introduits dans la Joie même de la Trinité.         Dumitru STANILOE dans Prière de Jésus et Expérience du Saint-Esprit - DDB

Athanase,l' Archevêque d'Alexandrie de Sainte mémoire, supplia Abba Pambo de descendre du désert à Alexandrie. Il descendit donc. Et voyant une actrice, il se mit à pleurer. Ceux qui étaient présents lui demandèrent le motif de ses larmes et il dit :" deux choses m' incitent à pleurer : l'une, la perte de cette femme, l'autre, que je n'ai pas un tel souci de plaire à Dieu que cette femme de plaire aux hommes mauvais"                                                                          Paroles des Anciens

N'imagine pas que tu puisses te libérer des passions et échapper à la souillure des pensées passionnées, si tu portes encore l' arrogance et l' enflure des vertus; car tu ne verras pas la demeure de la paix dans la bonté des pensées, tu n' entreras pas avec joie dans le temple de l'amour, tant que tu te confieras en toi-même et dans tes oeuvres.     Philocalie des Pères Neptiques N. Stethatos p37

La prière de celui qui garde des griefs contre son prochain est impure. Nous ne pouvons et devons adresser des reproches qu'à une seule personne : nous-même. Sans cette accusation de soi, la prière sera aussi vaine que si l'on adressait des reproches, dans son coeur, à autrui.           Le Chemin des Ascètes - Titi Colliander

 Il n' y a pas de félicité plus grande que d'aimer Dieu de toute son intelligence, de tout son coeur et de toute son âme, ainsi que l'a commandé le Seigneur, et son prochain comme soi-même. Lorsque cet amour remplit l'âme, tout la réjouit; mais quand il se perd, l' homme ne trouve pas de repos, il se trouble et accuse les autres de l' avoir offensé. Il ne comprend pas que c'est lui le coupable : il a perdu l'amour de Dieu, il a jugé ou haï son frère. La grâce vient de l' amour pour notre frère et c'est par l' amour pour notre frère qu'on la garde. Mais si nous n'aimons pas notre frère, la grâce Divine ne viendra pas dans notre âme.                                                                              Saint Silouane

Un profond silence est une prière profonde et une prière profonde est un profond silence.
L' intelligence et l' éducation n'ont aucune valeur si elles ne sont pas au service de l'amour.
La plus grande chose qui nous sera demandée au jugement dernier est "pourquoi n'avons-nous pas fait plus attention à notre prochain ? "

                                                                                                 Père Arsenié

Les Saints Pères nous disent tous d'une seule voix : "La première chose à vous mettre dans l' esprit est de ne jamais, en aucune façon, vous appuyer sur vous-même. Le combat que vous allez affronter est extraordinairement ardu et vos seules forces humaines sont absolument insuffisantes pour le mener. Si vous vous fiez à vous-même, vous serez immédiatement renversé et vous perdrez toute envie de continuer la lutte. Seul Dieu peut vous donner la victoire, selon votre propre désir"       Extraits de  le Chemin des Ascètes de Tito Colliander

La meilleure et la plus belle des choses est de s' accueillir réciproquement les uns les autres. Nous n'allons pas être jugés pour ce que nous avons donné ou pas donné aux autres, mais d' après le comment nous avons accueilli notre frère dans notre coeur. Juger mon frère, cela veut dire que je ne l'accueille pas dans mon coeur. Nous pouvons beaucoup jeûner ou faire de grands efforts ascétiques, mais rappelons-nous que ce n'est pas la nourriture qui m'approche ou qui m'éloigne de Dieu, la nourriture qui nous fait entrer ou ne pas entrer auprès de notre Dieu dans le Royaume et qui nous fait ressentir le Royaume en nous-mêmes, c'est notre prochain ! Voilà la clé du Royaume : le Seigneur, ton prochain et toi-même. On ne peut échapper à ce cercle qui nous unit les uns aux autres, qui fait de cette vie, notre Paradis ou notre enfer.                                                                       Monseigneur Joseph

 

Abba Antoine scrutant la profondeur des jugements de Dieu, demanda: « Seigneur, comment se fait-il que certains meurent dans la fleur de l' âge, tandis que d'autres atteignent une extrême vieillesse ?Pourquoi y a-t-il des pauvres et des riches ? Comment des hommes injustes s'enrichissent-ils tandis que des justes sont dans le besoin ? Survint alors une voix qui lui dit : « Antoine, sois attentif à toi-même; car le reste, c'est le jugement de Dieu et il ne te convient pas de le connaître. »

 

"Les vagues sont violentes, la houle est terrible, mais nous ne craignons pas d' être engloutis par la mer,car nous sommes debout sur le roc.
Que la mer soit furieuse, elle ne peut briser ce roc; que les flots se soulèvent, ils sont incapables d' engloutir la barque de Jésus.
Que craindrions-nous ? Dites-le moi : la mort ? Pour moi, vivre, c'est le Christ et mourir est un avantage ( Ph 1,21 ), l' exil ? La terre appartient au Seigneur, avec tout ce qui la remplit ( Ps 23, 1 ), la confiscation des biens ? De même que nous n' avons rien apporté dans ce monde, nous ne pourrons rien emporter ( 1 Tim 6, 7 ), les menaces du monde ? Je les méprise et ses faveurs, je m' en moque; je ne crains pas la pauvreté, je ne désire pas la richesse.
Je ne crains pas la mort, je ne désire pas vivre, sinon pour vous faire progresser. C'est à cause de cela que je vous avertis de ce qui se passe et j' exhorte votre charité à la confiance"
                                                                                              St Jean Chrysostome

 

 

 

"Guérir, c'est recouvrer le Christ. La guérison ne signifie pas la cessation d'une douleur, mais la recouvrance du Christ qui me donne la paix, la constance, l'aspiration au bien, la compréhension de l'autre et l'amour infini et inconditionnel, car tel est le Christ. Gisant dans le péché, je hais, je juge, je dis du mal des autres, je vois leurs fautes et les divulgue à un maximum de personnes ..."
Mgr Joseph, revue Apostolia Nov. 2017

 

St Seraphim de Sarov

 

 

 

Le 2 janvier, mémoire de notre vénérable Père Théophore SÉRAPHIM de SAROV


Ce grand témoin de la lumière du Saint-Esprit s'est levé, tel un astre nouveau, sur la terre russe, le 19 juillet 1759, à l'époque où l'esprit des soit-disant « Lumières » envahissait l'Europe et la Russie, préparant de loin les temps sombres de l'athéisme et de la persécution. Fils de pieux marchands de la ville de Koursk, il grandit dans la piété et l'amour de l'Eglise, et reçut dès son jeune âge les faveurs de la Mère de Dieu par une guérison miraculeuse. A dix-sept ans il quitta le monde, muni de la bénédiction de sa mère, et entra au Monastère de Sarov, où il devint rapidement un modèle d'obéissance et de vertus monastiques. Avec joie et bonne humeur, il s'acquittait de toutes les tâches les plus fatigantes pour le service des frères, jeûnait pour vaincre les élans de la chair, et gardait jour et nuit son intelligence fixée dans le souvenir de Dieu par la prière de Jésus. Au bout de quelque temps il tomba très gravement malade et, malgré la douleur, il refusait l'aide des médecins, demandant uniquement le seul remède qui convient à ceux qui ont tout abandonné pour Dieu : la Sainte Communion. Quand on lui apporta le Saint Viatique, la Toute-Sainte Mère de Dieu lui apparut au sein d'une intense lumière, en compagnie des Saints Apôtres Pierre et Jean le Théologien, et elle leur dit, en montrant le jeune novice: « Celui-ci est de notre race ! » Peu de temps après il guérit complètement et fit construire une infirmerie sur l'emplacement de cette apparition.
Au bout de huit années de noviciat, il fut tonsuré moine sous le nom de Séraphim ( « flamboyant » ) nom qui excitait encore davantage son zèle pour imiter ces serviteurs de Dieu incorporels et brûlants d'amour. Ordonné Diacre, il passait les nuits entières en prière avant de célébrer la Divine Liturgie; et, progressant sans cesse dans les saintes vertus, le Seigneur lui accordait en retour de nombreuses visions, extases et consolations spirituelles. Prudemment dirigé par ses anciens, il ne tirait cependant aucune vaine gloire de ces faveurs divines ; elles lui étaient au contraire l'occasion de s'enfoncer dans l'humilité et le blâme de soi, et de rechercher davantage la solitude.
Peu de temps après son ordination sacerdotale et la mort de son père spirituel, il obtint la permission de se retirer en solitaire, dans la forêt profonde, à 6 - 7 kilomètres du monastère, et de se construire une petite cabane en bois entourée d'un jardinet, sur une colline qu'il nomma la « Sainte Montagne » (Athos). Il y restait toute la semaine, ne rentrant au monastère que les dimanches et les jours de fêtes, et passait tout son temps dans la prière, la lecture et les labeurs corporels agréables à Dieu. Chacune de ses activités lui était une occasion d'élever sa pensée aux choses de Dieu. Il ne connaissait rien de profane, ni de charnel, et il supportait avec patience les rigueurs de l'hiver et les assauts des insectes de l'été, heureux de partager ainsi les souffrances du Seigneur pour la purification de son âme. Il portait continuellement un gros Evangile attaché sur son dos, comme le « fardeau du Christ », et il se rendait dans les endroits de la forêt, auxquels il avait donné les noms de lieux saints : Bethléem, le Jourdain, le Thabor, le Golgotha ; afin d'y lire les péricopes correspondantes. Il vivait ainsi intensément chaque jour, la vie même et la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ. La méditation continuelle de la Sainte Ecriture ne lui donnait pas seulement la connaissance de la vérité, mais elle lui procurait aussi la pureté de l'âme et la componction du coeur, de sorte, qu'en plus de la récitation des Offices Divins aux temps fixés et de ses mille prosternations quotidiennes, il pouvait prier sans relâche, l'intelligence unie au cœur. Il se nourrissait d'abord du pain fourni par le monastère, puis des seuls produits de son jardin; mais il se privait bien souvent de sa pitance pour la distribuer aux animaux qui aimaient venir près de sa cabane, en particulier à un ours énorme, devenu aussi docile qu'un chat.
En voyant ce mode de vie si agréable à Dieu et si proche de celui des êtres incorporels, l'ennemi séculaire du genre humain, le diable, excité de jalousie, déclencha contre l'ascète du Christ ses attaques accoutumées: pensées d'orgueil, vacarmes, apparitions effrayantes etc.; mais le vaillant guerrier repoussait tous ses assauts par la prière et le signe de la Croix. Comme la guerre des pensées se faisait plus pressante, le Saint décida d'entreprendre un combat digne des hauts faits des stylites de jadis : il passa mille jours et mille nuits, debout ou à genoux sur un rocher, en répétant sans cesse la prière du Publicain : « 0 Dieu, sois propice au pêcheur que je suis ! » (Lc 18:13). C'est ainsi qu'il fut définitivement délivré du combat des pensées. Mais le diable ne s'en tenait pas encore pour vaincu, il envoya contre lui trois brigands qui, furieux de ne pas trouver sur le pauvre moine l'argent qu'ils espéraient, le frappèrent à coups de bâtons et avec le revers de sa hache, et le laissèrent à demi-mort, tout ensanglanté et les os rompus. Bien que de forte constitution, le doux Séraphim ne chercha pas à se défendre et s'offrit aux coups dans la pensée qu'il participait ainsi aux souffrances du Seigneur. Malgré son état lamentable, il réussit à se traîner jusqu'au monastère où, après cinq mois de souffrances, il fut miraculeusement guéri par une apparition de la Mère de Dieu, en tout point semblable à celle advenue lorsqu'il était novice. Il resta cependant vouté jusqu'à la fin de ses jours et ne se déplaçait plus que péniblement, appuyé sur un bâton.
Cette infirmité lui permit de gravir un nouveau degré de l'échelle dressée pour lui vers le ciel et d'entreprendre, de 1807 à 1810, le combat du silence dans la solitude. Aussitôt rétabli, il regagna son « déser t» et, ne pouvant plus retourner régulièrement au monastère, il cessa aussi de recevoir ou d'adresser la parole à quiconque. Chaque fois qu'il rencontrait quelqu'un dans la forêt, il se prosternait profondément à terre devant lui, sans un mot, jusqu'à ce que celui-ci s'éloigne. Il pouvait garder ainsi son intelligence fixée en Dieu, sans interruption ni distraction. Entre temps l'Higoumène du monastère mourut, et certains moines commencèrent à montrer une animosité marquée à l'égard du saint ermite, l'accusant de se séparer de la communion de l'Eglise. Finalement on lui donna l'ordre de regagner le monastère. Séraphim se soumit sans aucune opposition et s'installa dans une étroite cellule, où il commença un nouveau stade de sa vie ascétique: la réclusion. Dans le vestibule, il avait fait placé son cercueil, dans lequel il aimait prier, et dans sa cellule, où personne n'entrait jamais, il n'avait qu'un sac de pierres pour couche, un tronc d'arbre pour siège et une Icône de la « Vierge de tendresse », appelée par lui « la Joie de toutes les joies », devant laquelle brûlait en permanence une veilleuse. Il vivait ainsi dans le silence complet, augmentant ses austérités, lisant et commentant pour lui-même chaque semaine tout le Nouveau Testament, priant sans cesse, le coeur en veille, et n'ayant que les Anges et les Saints comme seuls témoins de ses fréquentes extases et ravissements de l'intelligence dans les demeures célestes.
Au bout de cinq ans de réclusion, il ouvrit sa porte, laissant entrer ceux qui voulaient le voir, mais sans rompre cependant son silence, même pour les visiteurs les plus importants. Puis, en 1825, l'heure d'abandonner la vie hésychaste lui ayant été révélée par la Mère de Dieu, il commença à faire profiter les autres hommes des fruits de son expérience: les moines d'abord, qu'il exhortait à l'observance des règles monastiques et au zèle dans l'oeuvre de Dieu, puis les laïcs, en nombre rapidement croissant. Après avoir communié volontairement à la Passion du Seigneur pendant 47 ans de vie ascétique, en passant successivement par les états de cénobite, d'hésychaste, de stylite et de reclus, ce petit vieillard habillé de blanc, tout courbé sur son bâton, se tournait vers les hommes, rempli de la grâce et de la lumière du Saint-Esprit, afin de s'acquitter du ministère supérieur de la paternité spirituelle ( starchestvo ) et de devenir pour tout le peuple russe un véritable «Apôtre», témoin et prédicateur de la Résurrection. Sa porte restait ouverte à tous jusqu'à la nuit. Il saluait ses visiteurs avec gaieté, en leur disant : « Ma Joie, le Christ est ressuscité ! »; et il marquait une joie toute particulière envers les pécheurs qui venaient vers lui repentants, comme le Fils prodigue vers son Père (Luc 11). Sa douceur surnaturelle convertissait les cœurs les plus durs, son humilité abaissait les plus fiers et leur faisait verser des larmes comme des enfants. Pour les aristocrates comme pour les hommes du peuple, la cellule du « pauvre Séraphim » était semblable à l'antichambre du ciel. Une conversation avec lui, ou une simple bénédiction, devenait un véritable entretien avec Dieu, qui pouvait changer radicalement l'orientation de leur vie. Grâce à son don de clairvoyance, il perçait les secrets des cœurs et les révélait aux pénitents qui n'osaient pas les avouer, il répondait à des lettres sans avoir besoin de les ouvrir, et savait donner à chacun le conseil, la consolation, l'encouragement ou la réprimande qui convenait. Complètement abandonné à la volonté de Dieu, il leur disait, sans examen, la première parole que Dieu lui révélait, et tombait toujours juste. Sa charité, c'est-à-dire l'amour de Dieu en lui, consolait tous, pardonnait tout, recouvrait tous. Il accomplissait un grand nombre de guérisons miraculeuses, en oignant les malades avec l'huile de la veilleuse qui brûlait dans sa cellule ou en leur faisant boire de l'eau de la source, appelée par la suite le « puits de Séraphim », située à peu de distance du monastère, dans son « désert proche », où il aimait passer ses après-midi. On lui adressait tant de demandes de prières, pour les vivants et pour les défunts, qu'il lui était impossible de commémorer tous les noms; aussi allumait-il pour chacun un cierge dans sa cellule surchauffée et constamment illuminée de centaines de flammes, comme autant d'âmes vivantes. Dieu lui accorda aussi le charisme de la prophétie, et il prédit des événements à venir tant pour des individus que pour tout le pays, comme la guerre de Crimée, la famine et la terrible épreuve qui devait ravager l'Eglise et le peuple russes un siècle plus tard ; mais il cachait ses prophéties derrière des paroles énigmatiques, qu'on ne comprenait qu'après la réalisation des événements.
Le riche propriétaire Motovilov, qui avait été guéri miraculeusement par l'homme de Dieu et était devenu son ardent disciple, lui demanda un jour : « Quelle est le but de la vie chrétienne ? » Le père Séraphim lui répondit : « C'est l'acquisition du Saint-Esprit, que l'on obtient par les œuvres saintes recommandées par l'Eglise, et surtout par la prière ». Comme son interlocuteur le pressait de questions pour savoir plus précisément qu'estce que la Grâce du Saint-Esprit, le Staretz le prit soudain dans ses bras, le regarda fixement —son visage était devenu plus brillant que le soleil en plein midi—, et il lui dit avec autorité : « Regardez-moi, Ami de Dieu, ne craignez pas. J'ai demandé au Seigneur de tout mon cœur de vous rendre digne de voir de vos yeux corporels la descente du Saint-Esprit. Et voilà ! Vous êtes devenu, comme moi, tout lumineux. Vous avez été aussi rempli de la grâce du Saint-Esprit, sinon il vous serait impossible de me voir ainsi dans cette lumière. Que ressentez-vous ? » Motovilov répondit : « Un calme, une paix indicible. Mon cœur est rempli d'une joie inexprimable ». « Et encore ? » — «Une chaleur et un parfum, tels que je n'en ai jamais ressentis». — «Ce parfum est la bonne odeur du Saint-Esprit, répondit le Saint, et cette chaleur n'est pas extérieure, puisque nous sommes en plein hiver et que toute la forêt autour de nous est couverte de neige, mais elle est en nous, conformément à la parole du Seigneur qui a dit: Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous (Luc 17:21) ». Cet extraordinaire entretien dura encore longtemps et, à la fin, Saint Séraphim demanda à son disciple de le rédiger par écrit et de le transmettre au monde entier. Le manuscrit de Motovilov ne fut retrouvé que bien plus tard, en 1903, à la veille de la canonisation du Saint. Il a connu depuis une diffusion considérable. C'est le message ultime de lumière et d'espérance que le Prophète de Sarov laissait à la Russie et à l'Eglise tout entière, en vue des épreuves de ces temps qui sont les derniers1. Dans ses instructions, il disait aussi souvent : « Ma Joie, acquiers l'esprit de paix, et alors des âmes par milliers seront sauvées autour de toi ». Cette paix intérieure, qu'il avait acquise au prix de tant de labeurs, se répandait autour de lui comme joie et lumière; c'est pourquoi Saint Séraphim ne laissa pas à la postérité un enseignement très développé, mais plutôt un modèle de vie.
Alors qu'il n'était encore que Diacre, la fondatrice du couvent de Divéyevo, situé à quelques kilomètres de Sarov, avait confié au père Séraphim la direction spirituelle de sa communauté naissante. Pendant toute sa vie, il montra une attention paternelle pour ses filles. La communauté grandit rapidement, malgré les difficultés économiques. Saint Séraphim l'organisa selon un mode strictement cénobitique, avec la sentence : « En tout temps, ayez les mains au travail et les lèvres à la prière ». Sur l'ordre de la Mère de Dieu, il fonda un second couvent, dit du « Moulin » , avec ses filles les plus chères, auxquelles il donna une règle de vie centrée sur la prière de Jésus. Malheureusement, après la mort du Staretz, Satan suscita un moine envieux et intrigant, qui s'efforça par tous les moyens de ruiner la réputation et l'œuvre du Saint : il fit fermer le « Moulin » et fit souffrir de nombreuses tribulations aux religieuses.
Un jour, quelque temps avant la fin de son séjour terrestre, Séraphim fit venir une moniale de Divéyevo et lui annonça, en la couvrant de son manteau : « Nous allons avoir la visite de la Mère de Dieu ». Le moment venu, il la releva et on entendit un bruit semblable à celui d'un vent violent dans la forêt, puis des hymnes de l'église; la porte s'ouvrit d'elle-même, et la cellule fut soudain inondée de lumière et d'un parfum très suave. Le Saint tomba à genoux, et la Mère de Dieu apparut, précédée par deux Anges, Saint Jean Baptiste et Saint Jean le Théologien, et suivie de douze Saintes Vierges Martyres. La moniale tomba à terre, croyant perdre la vie, alors que le père Séraphim se tenait debout et s'entretenait tendrement avec la Reine du ciel, comme un ami. Elle lui promit de toujours prendre soin des sœurs de Divéyevo, et en disparaissant la Toute Sainte lui dit : « Mon bien aimé, bientôt tu seras avec nous ! » Quand ils se retrouvèrent seuls, le Staretz confessa à la moniale que c'était la douzième apparition divine que le Seigneur lui accordait.
Parvenu à l'âge de soixante-dix ans, souffrant cruellement des suites de ses blessures, mais sans rien relâcher de son activité, Saint Séraphim parlait de plus en plus souvent de sa mort prochaine, avec joie et le visage rayonnant. Le ler janvier 1833, après avoir communié, il vénéra toutes les Icônes de l'église, en allumant devant chacune un cierge, et bénit tous les frères en disant : « Faites votre salut ! Veillez ! Des couronnes vous sont préparées ! » Puis, après avoir visité son tombeau, il s'enferma dans sa cellule et rendit son âme à Dieu la nuit même, à genoux, en chantant les hymnes de Pâques. Tout le peuple des environs se rassembla pour ses funérailles. Par la suite, l'homme de Dieu continua de visiter et de secourir ses enfants spirituels par de nombreuses apparitions et guérisons, et la dévotion du peuple ne cessa de grandir, malgré les oppositions. Finalement, la canonisation de Saint Séraphim, le 19 juillet 1903, en présence de la famille impériale, de nombreux Evêques et d'une foule de plusieurs centaines de milliers de personnes, venues de toutes les régions de la Russie, marqua son triomphe. Ce fut une dernière manifestation de l'unité du peuple russe et de la gloire de l'Eglise avant la grande épreuve. Ses précieuses Reliques, alors portées en procession au-dessus de la foule, accomplirent de nombreux miracles. En 1926, les bolchéviks les confisquèrent en vue de les exposer dans un musée de l'athéisme; mais elles n'arrivèrent jamais à destination et l'on suppose qu'elles sont aujourd'hui gardées par quelque pieux fidèle, dans l'attente de jours meilleurs.