Présentation générale
» Autrefois, aux premiers temps du Christianisme, le sacrement du baptême était accompli au cours de la nuit pascale, comme partie organique de la grande célébration annuelle de Pâques. Aujourd’hui, reconnaissons-le franchement, le baptême est absent de nos vies.
Pour commencer, le baptême est absent de la liturgie ecclésiale, car il est souvent devenu une célébration familiale privée accomplie en dehors de la liturgie collective. Etant absent de la vie liturgique, le baptême est évidemment absent de notre foi. Le chrétien des temps anciens savait que Pâques était chaque année l’ anniversaire de son propre baptême, de sa participation à la vie du Ressuscité. Aujourd’hui le chrétien n’ établit pas de rapport direct entre le baptême et lui-même ou même l’ Eglise. Sa connaissance du baptême reste abstraite et le baptême n’ est plus pour lui, une réalité et une expérience permanentes illuminant toute sa vie, une source éternelle de joie et d’ espoir, une force guidant tous ses choix de vie dans le monde » Alexandre SCHMEMANN – D’ Eau et D’ Esprit –
Le baptême est le » bain d’ éternité « , refonte totale de l’ être humain; c’est la restauration de notre nature adamique récapitulée en Christ : mort-ensevelissement et vie-résurrection du Christ. La descente dans l’eau, en lien profond avec la descente aux enfers est suivie par la sortie de l’eau en lien avec le jour sans déclin, la croix étant le seuil de cette vie nouvelle. » Quiconque est en Christ est une nouvelle créature « .
La préparation des candidats adultes au baptême, appelés catéchumènes durait de un à trois ans, ou les candidats étaient progressivement introduits dans la vie de l’ Eglise, au moyen des prières, des exorcismes, l’ écoute et l’ explication des Saintes Ecritures …; cette préparation impliquait la communauté tout entière, laquelle se préparait aussi à recevoir de nouveaux membres : cette double préparation, celle du catéchumène et celle de l’ Eglise a donné naissance à la période liturgique pré-pascale que nous appelons aujourd’hui le Grand Carême, dont le sommet est » l’ illumination » de la Nuit Pascale. L’ Eglise est préparation : elle nous prépare à la vie éternelle. Sa fonction est donc de faire de toute notre vie une préparation; sans cette dimension fondamentale de préparation, il n’ y a tout simplement pas de Christianisme et pas d’ Eglise. Mais aussi, l’ Eglise est essentiellement accomplissement : le Christ est venu, en Lui, l’ homme a été déifié et est monté au Ciel; l’ Esprit Saint est venu et Sa venue a ouvert le Royaume de Dieu. Ce double cycle préparation-accomplissement est l’ essence même de la vie liturgique de l’ Eglise.
L’ Office Baptismal commence par les prières pour la réception des catéchumènes ou le candidat est inscrit dans le Livre de Vie et invité à venir au Christ pour être sauvé.
Puis viennent ensuite les exorcismes : » S’il est une chose que nous apprenons par l’ expérience spirituelle, c’est que le mal ne peut pas être expliqué, mais qu’ il doit être affronté et combattu; c’est ainsi que Dieu a agi avec le mal; Il ne l’ a pas expliqué, Il a envoyé son Fils pour qu’ Il soit crucifié par toutes les forces du mal afin de les détruire par Son amour, Sa foi, Son obéissance. Telle est donc la voie que nous devons suivre nous aussi : les exorcismes sont le début du combat qui représente la dimension première et essentielle de la dimension chrétienne. Les exorcismes sont des paroles, puissances de vie, dites au nom du Christ et remplies de la puissance du Christ : c’est le début du relèvement de l’ homme qui redevient libre de choisir Dieu.
Vient ensuite le rite du renoncement à Satan et de l’ adhésion ( jonction ) au Christ : renoncer à Satan ( le catéchumène se tourne vers l’ Occident, les ténèbres ), c’est rejeter toute la conception du monde moderne qui nous entoure qui est basé sur l’ orgueil ou le désespoir et qui utilise des mots comme liberté, confort, bonheur comme des pièges nous éloignant de Celui qui donne la Vie en plénitude. Le catéchumène se tourne ensuite vers l’ Orient, c’est à dire vers le Christ,Lumière du monde et répond par trois fois : » Je me joins au Christ » : cette décision est prise une fois pour toutes et ce serment est prononcé une fois pour toutes, c’est la base de la foi qui n’est pas adhésion intellectuelle mais adhésion, fidélité, engagement inconditionnel, appartenance totale au Christ qui sera obéi et suivi quoi qu’il arrive.
Vient ensuite la Profession de foi, c’est à dire le récit du Credo de Nicée-Constantinople, profession de foi universelle de l’ Eglise : chacun doit s’ approprier tous les éléments de cette foi commune et immuable.
Vient ensuite la prosternation : l’ union du catéchumène au Christ est maintenant scellée par la prosternation devant la Sainte Trinité; la prosternation est un symbole universel de vénération, d’amour, d’ obéissance. La préparation au baptême est maintenant terminée : tout est prêt pour le grand acte du baptême.
Le baptême doit être célébré avec la participation de tout le peuple de Dieu, en tant qu’ événement où l’ Eglise se reconnaît comme étant un passage – Pâques – de ce monde au Royaume de Dieu.
Puis vient la bénédiction de l’ eau : la libération de l’ homme commence par la libération de la matière elle-même, c’est à dire son retour à sa fonction originelle : être une forme de la Présence de Dieu. Les eaux de la création polluées par la chute et devenues symbole même de la mort, sont maintenant, par l’ invocation et la descente du Saint-Esprit, devenues le commencement de la création nouvelle et du salut : c’est la raison d’ être même de l’ Eglise de recréer partout et toujours, en Christ et dans le Saint-Esprit, l’ homme et le monde qui lui est destiné. La bénédiction de l’ eau est la re-création de la matière et donc du monde en Christ, monde maintenant donné à l’ homme comme communion avec Dieu, vie, salut et déification.
Puis vient l’ onction d’ huile sur l’ eau et sur le catéchumène : l’ huile symbole de lumière, de joie et de vie qui est exorcisée et bénie pour la réconciliation avec Dieu.
Puis vient le baptême où le catéchumène tourné vers l’ Orient est plongé trois fois par le prêtre et baptisé au nom du Père, Amen et du Fils, Amen et du Saint Esprit, Amen : c’est la grâce vraiment unique et totalement nouvelle de mourir vraiment avec le Christ et de ressusciter vraiment avec Lui, afin de pouvoir entrer avec Lui dans la vie nouvelle. Le Christ ne supprime pas la mort physique, parcequ’Il ne supprime pas ce monde dont la mort fait partie, mais Il fait bien plus, Il supprime la mort éternelle qui consiste à être séparé de la Vie, de Dieu Lui-même, car l’ homme a rejeté cette Vie et a aimé sa vie, plus qu’ il n’a aimé Dieu – c’est le péché originel, catastrophe cosmique initiale – et le péché est entré dans le monde et par le péché, cette mort éternelle. Le Christ est venu pour détruire et supprimer cette mort éternelle, nous sauver de cette mort spirituelle. Par Sa mort qui est tout amour, le Christ remplit cette mort de Lui-même, de Son amour, de Sa Vie. La mort devient la manifestation de la victoire du Christ, un passage – la Pâque – vers une communion totale d’ amour. On peut maintenant comprendre le sens profond du baptême, mourir en Christ et ressusciter en Christ : c’est la foi de l’ Eglise qui est communiquée au baptisé ( même tout petit enfant ) et la foi de l’ Eglise est la foi du Christ Lui-même – » Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ « . Croire en Christ consiste alors à confesser le Christ, à tout recevoir de Lui et avant tout à se donner à Lui : Sa foi est notre foi, Son amour est notre amour, Son désir est notre désir.
Nous pouvons alors réciter le Psaume 31 : » … justes réjouissez-vous dans le Seigneur, exultez d’ allégresse, tous les coeurs droits… »