St Jean de Zedazéni et Les 12 pères Syrien
St Jean Zedazéni et les Douze Pères Syriens

Le 7 Mai, mémoire de notre vénérable Père JEAN ZEDAZENI et des DOUZE PERES SYRIENS, fondateurs du monachisme en Géorgie : Shio (Mghvime), David de Garedja, Antoine le Stylite de Martqophi, Thaddée d’Urbnisi, Etienne de Khirsa, Isidore de Samtavi, Michel D’Ulumba, Pyrrhus de Breti, Zénon D’Iqalto, Jessé évêque de Tsilkani, Joseph d’Alaverdi et Habib de Nekresi.
Entré de bonne heure dans un monastère de la région d’Antioche, vers la fin du Ve siècle, St Jean s’illustra par ses combats ascétiques, son humilité et sa componction, et il acquit rapidement la réputation de thaumaturge. Troublé par l’affluence des visiteurs, il s’enfonça dans le désert, en compagnie de plusieurs disciples, afin d’y mener la vie cachée en Christ. La Mère de Dieu lui apparut un jour et lui donna l’ordre de se rendre en Géorgie (Kartli), qui était encore largement livrée à l’idolâtrie, avec douze disciples, afin d’y transplanter les germes de la tradition monastique. Il désigna un remplaçant, pour diriger le reste de ses disciples, et, sous la direction d’un ange, choisit douze d’entre eux pour l’accompagner: Shio, David, Antoine, Thaddée, Etienne, Isidore, Michel, Pyrrhus, Zénon, Jessé, Joseph et Habib. Ayant reçu la bénédiction de St Syméon Stylite le Jeune, ils prirent la route, à pied, vêtus de tuniques de peau et se confiant à la Providence pour pour leur subsistance. Parvenus en Géorgie, ils furent accueillis par l’archevêque Evlavios — qui avait été averti par un ange –, en présence de son clergé et d’une grande foule. Dès qu’il reçu la bénédiction du prélat Saint Jean se mit à parler aisément la langue géorgienne, qui lui était complètement inconnue. Les moines syriens entreprirent aussitôt la prédication, mais c’était surtout par leur vie ascétique et leur charité qu’ils montraient au peuple le modèle de la perfection évangélique. De toute la contrée, les fidèles venaient pour être instruits et bénis par les saints moines. On leur amenaient des malades qu’ils guérissaient par leur prière, et le roi Parsman VI (541-553) leur rendait également de fréquentes visites pour recevoir leurs conseils.
Les saints Pères visitèrent tous les lieux où sainte Nino avait prêché et la sentaient vivante à leurs côtés, puis ils prièrent Dieu pour qu’il leur révélât un lieu où ils pourraient s’établir définitivement. Le Seigneur indiqua à Saint Jean une caverne inaccessible, située sur le mont Zaden, à quelque distance de la capitale, Mtskhéta, et les autres Pères se bâtirent des huttes de branchages aux alentours. Par ses jeûnes surhumains et ses prières de toute la nuit, Jean réussit à chasser les démons qui infestaient ce lieu, autrefois consacré aux idoles, et il brilla tel un luminaire qui, de cette montagne, illuminait toute l’Eglise de Géorgie. Le peuple pieux ouvrit un chemin dans la forêt qui couvrait la montagne et bientôt des foules accoururent vers les saints moines pour trouver grâce et consolation céleste.
Quelque temps après, l’archevêque Evlavios se rendit au mont Zaden et choisit Habib et Jessé pour les consacrer évêques des sièges de Tsilkani et de Nekresi, qui venaient d’être laissés vacants. Par la suite le diocèse D’Habib fut occupé par les Perses, qui voulurent forcer les chrétiens à adorer le feu. Le saint évêque accourut alors, jeta de l’eau sur le feu sacré et l’éteignit. Les Perses furieux le saisirent, le frappèrent sauvagement et le lapidèrent. St Jessé se montra , lui, un extraordinaire thaumaturge, et il détourna le cours d’un fleuve avec son bâton pastoral.
Sur le mont Zaden de nombreux candidats à la vie monastique se présentaient à St Jean et ce désert devint une véritable cité monastique. Une nuit, la sainte Mère de Dieu apparut à l’homme de Dieu, en compagnie de sainte Nino, et lui donna l’ordre d’envoyer ses disciples dans toute la Géorgie pour enseigner aux hommes comment plaire à Dieu. L’archevêque Evlavios recommanda à chacun des missionnaires de prendre avec lui un compagnon moine.
Seul saint Shio refusa par amour de la vie solitaire, et alla s’installer dans une grotte, à l’ouest de Mtskhéta, où une colombe venait lui apporter sa nourriture et où il pouvait verser jour et nuit, sans témoin, des torrents de larmes devant Dieu. Cependant, après quelque temps, Evagre, un puissant personnage de la cour, demanda à devenir moine sous sa direction. Ils bâtirent une église dédiée à St Jean-Baptiste, sur un emplacement désigné par Dieu, et St Shio chassa par ses prières les bêtes sauvages, afin de permettre aux disciples qui les avaient rejoints de persévérer sans trouble dans la prière. Comme la communauté grandissait et attirait de nombreux visiteurs, st Shio, désireux de garder la quiétude, remit la direction de la communauté à Evagre, et descendit dans la fosse qu’il avait creusée pour être son tombeau et où il passa le reste de ses jours, en accomplissant quantité de miracles pour le peuple. C’est cette fosse qui donna son nom à ce monastère (mghvime en géorgien) qui grâce aux donations royales comportait plusieurs églises et installations pour les pèlerins.
Au moment d’envoyer ses autres disciples en mission, St Jean leur avait enseigné comment prêcher à l’imitation des apôtres et, guidés sur leur route par le Saint-Esprit, ils acquirent le pouvoir de marcher sur les serpents et les scorpions et de déjouer toutes les embûches du diable. Ils s’offraient de bon coeur aux épreuves et aux afflictions, sans compter les difficultés du climat ou l’hostilité des païens, afin de porter à tous la bonne nouvelle du Salut. Fortifiés par la prière de leur père spirituel et par la grâce du Saint-Esprit, ils communiquaient au peuple l’ardeur de leur foi, renversaient les autels et les temples idolâtres, exhortaient à la pureté des moeurs et entraînaient quantité d’âmes a la vie évangélique.
St Jean resta sur le mont Zaden, avec seulement le diacre Elie pour venir en aide à sa vieillesse,et il continua d’affronter avec vaillance les assauts des démons. Tous ceux qui se présentaient à lui pour mener la vie monastique, il les envoyait au monastère fondé par st Thaddée au pied de la montagne. Il rendait néanmoins visite à ses autres disciples qui s’étaient dispersés dans le pays pour devenir apôtre de la vie monastique, et les fortifiait dans leurs combats en leur rappelant les comptes qu’ils auraient à rendre le jour de leur rencontre avec le Christ.
Un jour, le diacre Elie partit chercher de l’eau à la source que St Jean avait fait jaillir par sa prière. Il y rencontra un ours redoutable et courut aussitôt prévenir le saint. Arrivé sur place, St Jean s’adressa à l’animal, lui permit de se désaltérer paisiblement, mais il ordonna que lui et les siens cessent désormais de faire du mal à quiconque. En effet, à partir de ce jour, lorsqu’une bête sauvage rencontrait un homme sur le mont Zaden, elle se détournait sans l’attaquer. St Jean continua d’accomplir miracles et guérisons jusqu’au jour de son bienheureux repos . Ayant été prévenu par Dieu, il fit alors venir auprès de lui ses disciples et leur révéla que, malgré ses innombrables victoires sur les démons, il craignait encore dans les pièges de Satan, si la grâce ne le préservait. Dès qu’il eut communié aux saints Mystères, une immense armée d’anges et de saints apparut pour recevoir son âme et la présenter au Tout-Puissant.
Parmi ses autres disciples et nouveaux apôtres, St David se distingua particulièrement. Il alla habiter avec son compagnon Lucien dans un lieu désert au-dessus de Tbilissi (Tiflis), nommé Garedja (étim. » vivre à l’extérieur »), où ils étaient nourris par le lait de trois biches, que Dieu envoyées jusqu’à leur grottes avec leurs faons. Un jour, un dragon, qui avait son antre au-dessous de la grotte du saint, dévora l’un des faons. St David le menaçant de l’anéantir par sa prière, le chassa loin de là. Les deux ermites furent finalement découverts par des chasseurs qui avertirent les habitants de la contrée, et bientôt de nombreux chrétiens vinrent demander à St David de partager son mode de vie céleste. Il dut se soumettre à la volonté de Dieu et leur permit de s’installer dans les environs ; puis il envoya un groupe de ses disciples s’installer sous la direction de St Dido sur un piton rocheux situé en face de sa retraite. Quant à lui, il continua de vivre seul avec Dieu dans les grottes et les antres de la terre. Un jour, une perdrix, poursuivie par le faucon apprivoisé d’un chasseur païen, vint se réfugier aux pieds du saint et le faucon se posa à ses côtés. Lorsque le chasseur parvint sur les lieux, il fut d’abord surpris, puis leva son glaive sur l’homme de Dieu, mais son bras se trouva aussitôt immobilisé. Guéri par la prière de st David, il se convertit complètement lorsque le saint rendit l’usage de ses membres à son fils paralysé, et il fut baptisé avec toute sa famille. Après un pèlerinage à Jérusalem, St David retourna en Géorgie pour enseigner ses disciples, puis il remit en paix son âme au Seigneur.
C’est ainsi, fondé sur l’enseignement et les vertus de St Jean et des douze nouveaux apôtres, que le monachisme géorgien connut à partir du VIe siècle, un admirable essor, jusqu’aux ravages causés par les invasions perses et arabes. Mais les innombrables monastères qui parsèment encore le pays restent les témoins silencieux des vertus de tant d’hommes de Dieu.