St Sava
St Sava

Sava naquit prince Rastko Nemanjic, fils de Stefan Nemanja, le dirigeant de la Serbie et fondateur de l’État serbe médiéval. Son frère, Stefan Prvovencani, fut le premier roi serbe. Rastko Nemanjic est né en 1175 ou 1176.
Au début des années 1190, le jeune Rastko quitta sa maison pour rejoindre la communauté monastique Orthodoxe sur le Mont Athos. Prononçant ses voeux monastiques, il reçut le nom de Sava (forme serbe de Sabas) en l’honneur de saint Sabbas. Au départ, il vécu au monastère russe, mais ensuite rejoignit le monastère grec de Vatopedi. Fin 1197, son père, le grand prince Stefan Nemanja, le rejoint. En 1198, ils partirent ensemble pour le monastère abandonné d’Hilandar, et le restaurèrent; c’est depuis ce temps-là qu’il est devenu le centre de la vie monastique serbe.
Le père de saint Sava prononça ses voeux monastiques sous le nom de Siméon. Il mourut au monastère d’Hilandar le 13 février 1200. Il a été canonisé sous le nom de saint Siméon.
Après la mort de son père, Sava fut retraite dans une cellule d’ascète à Kareya, cellule qu’il construisit lui-même, en 1199. Il rédigea aussi le Typikon de Kareya et celui d’Hilandar. Le dernier typikon de Kareyea est gravé sur une plaque de marbre dans la cellule d’ascète. Il resta sur l’Athos jusque fin 1207.
Quand Sava rentra dans sa terre natale en 1207, ce fut hélas pour y découvrir le pays tel que son père Siméon le lui avait décrit en songe – dans un état de complète désolation. L’État serbe était divisé en deux. Suite à des négociations secrètes avec la Hongrie et le pape de Rome Innocent III, Vulkan, le plus âgé des 3 frères, qui était plein de rancoeur parce que son plus jeune frère, Stephen, avait été nommé héritier du trône, fut à même de lever des troupes et de s’emparer de Zeta. Ensuite, il lança une campagne contre Raška, la partie du royaume divisé sous contrôle de Stefan. Cette guerre civile n’était qu’une conséquence minime d’un plus grand conflit initié par l’Occident (dirigé par le vatican) – à savoir, la guerre des Grandes Croisades de l’église papiste. En 1204, les soldats de la 4ème Croisade s’emparèrent de Constantinople et de la plus grande partie du territoire de l’empire, y compris la Sainte Montagne de l’Athos. En 1205, l’Athos fut officiellement placé sous l’autorité et la juridiction d’un évêque catholique-romain. On pense que c’est cet événement précis qui aurait eu la plus grande influence sur la décision de Sava de rentrer en Serbie. Dès lors, le saint rentra dans sa patrie, avec un gros travail à y accomplir.
En revenant, Sava emmenait le médicament pour guérir toute la situation : les reliques de son père, le Grand Župan et, Stephen Nemanja – Siméon le myroblite, cofondateur d’Hilandar. En entrant dans le monastère de Studenica, une fondation de saint Siméon, Sava invita ses 2 frères à un Office des défunts à la mémoire de leur père. Lorsque le cercueil fut ouvert, devant leurs yeux, ils virent le corps de leur père, totalement incorrompu, exhalant un suave parfum et exsudant de la myrrhe, un corps chaud, comme vivant, comme si leur père n’était qu’endormi. Cet acte de vénération de leur père fut la première étape dans la guérison de la division fraternelle entre Vukan et le grand prince Stefan. Peu après, la guerre civile s’arrêta, et un accord de paix fut signé, restaurant le royaume de Serbie tel qu’il était durant le règne du grand Stefan Nemanja. Lors des discussions avec ses frères réunifiés, Sava dressa aussi des plans pour un programme missionnaire immédiat, systématique et de longue portée, afin de sauver les âmes Orthodoxes du peuple serbe. Le monastère de Studenica, où reposaient les reliques de saint Siméon, se retrouva dès lors sanctuaire national, d’où partiraient toutes les activités. Sava fut nommé archimandrite de Studenica. Saint Sava rédigea le typikon du monastère, ce qui renforça la vie monastique de Studenica.
Archevêque
Saint Sava parvint à persuader le patriarche de Constantinople, qui résidait à Nicée puisque Constantinople sera occupée et pillée par les catholiques-romains jusqu’en 1261, pour établir l’indépendance de l’Église de Serbie en 1219. A la demande du patriarche Manuel, Sava fut choisi pour être élevé au rang d’archevêque. Au départ, Sava refusa avec force cette offre, s’estimant indigne d’une telle position. Il proposa plusieurs moines d’Hilandar, qui étaient présents, pour candidats potentiels. Pour finir, Sava accepta et fut consacré à Nicée lors de la fête de saint Nicolas de Myre, le 6 décembre 1219, devenant le premier archevêque de la nouvellement autocéphale Église Orthodoxe de Serbie. Il avait alors 44 ans.
Voici les paroles exactes traduites du texte grec du patriarche Manuel, le décret élevant Sava comme archevêque, et accordant l’autocéphalie à l’Église de Serbie:
« Moi, Manuel, patriarche oecuménique et archevêque de la ville de Constantinople, Nouvelle Rome, au Nom de notre Seigneur Jésus-Christ, j’ai consacré Sava, archevêque de toutes les terres serbes, et lui ai donné au Nom de Dieu l’autorité pour consacrer évêques, prêtres et diacres dans son pays; de lier et délier les péchés des hommes, et d’enseigner à tous et de baptiser au Nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Dès lors, vous tous Chrétiens Orthodoxes, vous lui obéirez comme vous m’avez obéi. »
Après sa consécration, Sava reparti pour la Sainte Montagne afin de dire adieu à Hilandar et de recevoir bénédiction et prières de toute la communauté monastique de l’Athos.
L’archevêque Sava nouvellement consacré prit ensuite le bateau pour Thessaloniki, où il resta un peu au monastère de Philokalos. Là, aidé de quelques autres moines, il traduisit du grec en slavon le traité de droit canon Orthodoxe oriental, le « Gouvernail » ou Nomocanon de saint Photios le Grand (9ème siècle). Appelé KormchajaKnjiga (« Livre du Pilote ») en slavon, cette traduction ne contenait pas seulement les Canons ecclésiastiques – dont les décrets dogmatiques des 7 Conciles Oecuméniques, avec commentaires des meilleurs canonistes médiévaux grecs – mais aussi nombre de préceptes des Pères de l’Église et plusieurs des décrets impériaux du grand empereur Justinien (6ème siècle).
A son arrivée en Serbie, Sava décida que dès le premier jour de son archiépiscopat à Žiča, en la fête de l’Ascension en 1220, en tant que nouvel archevêque de Serbie, il couronnerait son frère Stefan comme premier roi de Serbie. En 1228, il couronnera son neveu Radoslav comme roi. Le bienheureux Sava décida de visiter Jérusalem et la Terre Sainte. C’est ainsi qu’en 1229, après 10 ans de dur et fructueux labeur dans le vignoble du Seigneur planté sur sa terre natale, Sava décida de renouveler son propre esprit en accomplissant un pèlerinage dans le berceau même du Christianisme, à Jérusalem, là où le Seigneur amena pour la première fois le Salut au monde. Lorsqu’il fut temps pour Sava de quitter la Terre Sainte pour rentrer en Serbie, il décida de passer par Nicée. Là, il rencontra Jean (1222-1254), le nouvel empereur, demeurant lui aussi alors à Nicée, et qui avait succédé à Théodore Laskaris. Il rencontra aussi Germanos, le nouveau patriarche qui venait de succéder à feu le patriarche Manuel.
En Serbie, une nouvelle guerre civile avait éclaté, cette fois entre Radoslav et son frère Vladislav. Hélas pour Radoslav, sa capacité militaire n’était pas à la hauteur, car dans cette guerre civile fratricide contre son jeune frère Vladislav pendant l’été de 1223, il fut battu et exilé à Durazzo, en Albanie. Bien que Sava ne réussit pas à réconcilier ces frères – qui étaient de plus déloyaux envers l’appel à l’unité lancé par leur grand père saint Siméon – cependant, Sava comprit qu’il serait mieux pour le pays d’être dirigé par Vladislav. Plusieurs années plus tard, suite à ses négociations avec le roi Vladislav, Sava parvint à obtenir un sauf-conduit pour Radislav, lui permettant de rentrer en Serbie. Hélas à nouveau pour Radislav, son épouse avait profité de son exil en Albanie pour le trahir et le tromper, et elle était partie avec un duc français. Radislav décida alors de devenir moine, et Sava le tonsura, lui donnant le nom de Jovan (Jean).
Retraite
Sava abdiqua du trône archiépiscopal en 1233 et nomma archevêque de Serbie son élève le plus capable, saint Arsenije (1233-1263). Au printemps de 1234, Sava, âgé de 59 ans, à peine 5 ans après son premier voyage vers la Terre Sainte, décida de repartir en pèlerinage à Jérusalem. A son arrivée, Sava logea au monastère Saint-Georges à Acre, un monastère qu’il avait racheté aux catholiques-romains durant son premier pèlerinage. Sava rendit visite au patriarche Athanase de Jérusalem, puis partit en bateau pour Alexandrie, en Égypte, où il rencontra le pape Nicolas, « patriarche d’Alexandrie et de toute l’Afrique. »
Ensuite il partit pour le monastère Sainte-Catherine au Mont Sinaï, où il passa le Grand Carême de 1234. Ce fut un voyage pascal des plus bénis pour Sava, puisqu’il grimpa sur les hauteurs où le grand homme de Dieu, Moïse le visionnaire et libérateur de son peuple, avait passé nombre d’heures à s’entretenir avec le Seigneur Dieu face à face, comme un ami converse avec un ami. Sava avait lui aussi était un nouveau Moïse pour son peuple, le dirigeant, l’organisant pour en faire une communauté de Dieu. Après la célébration de Pâques de 1234, Sava reparti pour Jérusalem, puis continua vers Antioche. Après avoir visité Constantinople, Sava voulu revoir la Sainte Montagne et Hilandar, mais « cela ne plut pas au Saint Esprit. » Au lieu de ça, il partit pour Trnovo, en Bulgarie, la capitale du roi Ivan Asen II et du patriarche de Bulgarie.
En participant à la célébration de la grande bénédiction des eaux (Agiasmos), il attrapa un coup de froid, qui se transforma en pneumonie. Il en mourut le soir du 14 janvier 1235, une nuit de samedi à dimanche. Il fut enterré à la cathédrale des saints 40 Martyrs à Trnovo, où son corps resta jusqu’au 6 mai 1237, lorsque ses ossements sacrés furent transférés jusqu’au monastère de Mileseva, dans le sud de la Serbie. 360 ans plus tard, les Turcs ottomans profanèrent sa sépulture, déterrèrent ses reliques et les brûlèrent sur la place principale à Belgrade.
Héritage
Il y a eu beaucoup de miracles à la tombe de saint Sava au monastère de Mileševa. Le diplomate vénitien Ramberty, qui visita Mileševa en 1534, écrivit que non seulement les Serbes, mais aussi Turcs et Juifs venaient visiter le monastère et demandaient la guérison auprès des reliques. Le diplomate français Jacques de Chenoais écrivit en 1547 qu’il avait vu les reliques incorrompues de saint Sava; il dit aussi que Turcs et Juifs y faisaient des dons encore plus généreux que les Chrétiens. D’autres visiteurs occidentaux tels que le vénitien Zen et le français Lescalonieur ont rapporté des événements similaires en 1550 et 1574. Lescalonieur a écrit que la tête du saint était recouverte, car un Turc qui l’avait vue en était ensuite mort.
Saint Sava est commémoré comme fondateur de l’Église Orthodoxe autocéphale de Serbie, et il est célébré comme saint patron de l’éducation et de la médecine chez les Serbes. Le prince Miloš de Serbie proclama le 13 janvier 1830 (ancien calendrier) saint Sava comme patron des écoles et écoliers serbes. Le jour de sa fête, les étudiants participent à des récitals dans les églises.
La cathédrale Saint-Sava à Belgrade, dont la construction devait commencer en 1939 mais qui n’a réellement pu être entamée qu’en 1985 et achevée en 2004, est la plus grande église Orthodoxe en usage de nos jours dans le monde entier. Elle a été construite à l’emplacement même où les saintes reliques ont été brûlées.